L’usage de l’IA au sein des OSBL (volet 1) – Etude France générosités – juin 2026

L’usage de l’IA au sein des OSBL (volet 1) – Etude France générosités – juin 2026

Publié le 9 juin 2026 - Mis à jour le 8 juin 2026
Ressource Etude

86 % des professionnels des associations et fondations faisant appel à la générosité utiliseraient déjà l’IA dans leurs missions. Mais moins d’un sur deux le ferait dans un cadre défini par son organisation. C’est l’un des enseignements de l’étude 2026 de France générosités sur l’usage de l’IA au sein des OSBL donnant des tendances du secteur et des clés pour nourrir sa réflexion sur le déploiement de l’IA au sein de son organisation.

En 2026, France générosités a conduit une grande enquête en ligne sur l’usage de l’IA au sein des organismes sans but lucratif (OSBL) faisant appel aux générosités. Cette étude, structurée en deux volets complémentaires, constitue une première photographie des pratiques IA dans le secteur associatif et fondatif français.

 

Méthodologie de l’étude

Entre février et avril 2026, France générosités a mené une enquête en ligne portant sur les usages de l’IA.

375 professionnels travaillant dans 199 organisations d’intérêt général faisant appel à la générosité du public (dont 123 organisations membres de France générosités) ont répondu à cette enquête. L’échantillon des répondants regroupe une diversité de profils de personnes (par niveau hiérarchique et service de rattachement) travaillant au sein d’organisations de tailles différents.

L’étude est structurée en deux volets distincts. Le volet 1 (présenté ici) porte sur les usages collectifs et individuels de l’IA au sein des organisations ; et le volet 2 approfondit les dimensions éthiques, de contrôle et de transparence (restitution de ce volet prévue pour début octobre 2026).

Le volet 1 de l’étude est structuré en deux parties :

  • La partie 1 porte sur le niveau d’adoption et usage de l’IA au sein de l’organisation
  • La partie 2 se concentre sur l’usage individuel de l’IA par les professionnels interrogés

A noter : Pour les questions à choix multiples, les analyses sont présentées en pourcentage de répondants et non en pourcentage de réponses . Ce choix garantit la lisibilité des résultats et permet des comparaisons cohérentes entre les items, en mettant en valeur la réalité du vécu des personnes interrogées.

PARTIE 1 – ADOPTION ET USAGE DE L’IA AU SEIN DES ORGANISATIONS

Une adoption de l’IA en cours, mais encore prudente

Le premier enseignement de l’étude est à la fois encourageant et nuancé : 63 % des répondants affirment que leur organisation a une démarche proactive sur l’usage de l’IA. C’est une large majorité, mais qui  cache une réalité plus contrastée. Parmi ces organisations proactives, seules 28 % ont effectivement déployé ou sont en train de déployer des outils IA. Les autres sont en phase de réflexion ou de tests, sans que cela se soit traduit par des changements opérationnels concrets.

À l’inverse, 37 % des répondants appartiennent à des organisations passives ou réfractaires. La grande majorité d’entre elles (71 % au sein de cette catégorie) est simplement « en veille » mais ne se sont pas encore emparées du sujet de façon structurée. L’opposition franche à l’IA reste très minoritaire, à seulement 2,9 % des répondants.

Parmi les organisations n’ayant pas engagé de démarche proactive, les résultats sont clairs sur la nature des obstacles. La difficulté à comprendre ou à implémenter les outils d’IA arrive en tête (58 %), suivie par le manque d’acculturation de la gouvernance (53 %). Ce sont des freins d’abord humains. Le manque de ressources (financières ou RH) n’est pas central et n’est cité qu’en cinquième position par les répondants.

Etude usage IA OSBL France générosités 2026 - Graphique Q1 vdef2

La taille de la structure joue un rôle dans cette dynamique, mais de façon moins déterminante qu’on aurait pu le penser. Les organisations de moins de 20 salariés affichent une posture plus attentiste (34 % en veille, contre 26 % pour l’ensemble), ce qui s’explique probablement par des ressources humaines et financières plus limitées pour explorer ces sujets. Pour les structures plus importantes, les niveaux d’adoption sont relativement similaires, ce qui indique que la taille n’est pas, en soi, le facteur déterminant de la mise en place de l’IA.

La perception de cette adoption de l’IA par l’organisation varie cependant selon le niveau hiérarchique des répondants. Plus on monte dans la hiérarchie, plus les répondants indiquent que l’organisation est avancée sur ce sujet. Ce décalage entre la perception des dirigeants et celle des équipes opérationnelles constitue déjà un point de vigilance sur la réalité du déploiement.

 

Un financement peu fléché et peu diversifié

Pour les organisations qui ont engagé une démarche, 42 % des répondants déclarent une absence de financement associé aux outils d’IA. Autrement dit, les outils sont utilisés sans budget identifié soit parce qu’ils sont gratuits, soit parce qu’ils sont intégrés dans des abonnements existants, soit parce que les coûts ne sont tout simplement pas tracés.

Parmi ceux qui identifient un financement dédié, les fonds propres arrivent largement en tête (52 %). Les autres sources restent marginales : fonds issus de la générosité du grand public (13 %), mécénat d’entreprises (6 %), subventions (4 %). Aucun répondant n’a cité le financement par un prêt bancaire.

Pour les petites structures (moins de 50 salariés), l’absence de financement dédié pour les outils IA est beaucoup plus marqué que pour les organisations de plus grande taille. Ce constat souligne une certaine fragilité : l’adoption de l’IA repose pour l’instant sur des fonds propres, sans stratégie de financement diversifiée. À terme, cela risque de creuser les inégalités entre grandes structures bien dotées et petites organisations contraintes à l’autofinancement.

 

Perception positive de l’usage de l’IA sauf pour la gouvernance des données

L’étude interroge les professionnels sur les impacts perçus de l’IA dans leur organisation, selon plusieurs dimensions : opérationnelle, stratégique, RH, projets et missions, gouvernance des données.

Les résultats dessinent un tableau globalement positif, avec quelques nuances importantes.

Etude usage IA OSBL France générosités 2026 - Graphique Q4 vdef

Le reporting en interne et l’organisation interne sont les deux points sur lesquels les répondants rapportent le plus d’impact positif des outils IA (66% et 42%). Sur les sujets les plus restreints à des métiers en particulier (politiques RH, gouvernance des données), de nombreux répondants ont peiné à se positionner, ce qui pourrait indiquer une difficulté à évaluer des outils très spécialisés par un public non-expert.

Le seul impact négatif de l’usage de l’IA concerne la gouvernance des données, perçue négativement par 19 % des répondants, un chiffre quasiment identique à ceux qui perçoivent un impact positif (21 %). Ce résultat semble traduire les tensions au sein des organisations autour de la protection des données, de la conformité RGPD et des risques liés au traitement de données sensibles par des outils IA externes. Ce changement de paradigme avec l’IA amène-t-il les organisations à une reprise de conscience des enjeux RGPD ?

Les répondant du niveau hiérarchique « direction » perçoivent davantage d’impacts positifs sur l’ensemble des dimensions. Ceux du niveau « chargé/opérationnel » déclarent moins d’impacts négatifs mais peinent davantage à se positionner, ce qui pourrait indiquer une certaine méconnaissance des effets réels plutôt qu’une expérience résolument positive.

 

Le cadre interne, principal enjeu du déploiement

Pour les organisations ayant engagé une démarche IA, le déploiement soulève des problématiques multiples. La mise en place d’un cadre interne arrive en tête, citée par 75 % des répondants, suivie par la conformité des outils aux politiques internes (52 %).

La complexité est multifactorielle : seuls 5 % des répondants n’ont mentionné qu’une seule difficulté.
Les grandes structures rencontrent des problématiques spécifiques : elles sont plus nombreuses à citer le cadre interne (88 %), l’alignement entre direction et équipes opérationnelles (56 % contre 38 % en moyenne), et le phénomène du « shadow IA » (c’est-à-dire l’utilisation d’outils IA hors de tout cadre organisationnel défini).

Etude usage IA OSBL France générosités 2026 - Q5_problematiques_deploiement_IA_v2

Sur la montée en compétences, 32 % des répondants indiquent n’avoir mis en place aucune démarche structurée. Les formations en interne sont davantage citées par les répondants des grandes organisations (possédant surement les compétences en internes) et des très petites structures. Les formations avec des organismes qualiopi sont davantage citées par les répondants des petites et moyennes organisations

Sur le pilotage, l’équipe DSI est l’acteur le plus mobilisé (44 %), mais 13 % des répondants déclarent n’avoir aucun pilote interne identifié. Une task force dédiée n’existe que dans 27 % des cas, ce qui témoigne d’une gouvernance IA encore peu formalisée.

PARTIE 2 – USAGE INDIVIDUEL DE L’IA AU SEIN DES ORGANISATIONS

Le shadow IA, une pratique très courante

Etude usage IA OSBL France générosités 2026 - Q15_graphique_corrige

Le deuxième volet de l’étude révèle une tension entre les pratiques individuelles et les cadres organisationnels. 86 % des répondants utilisent l’IA dans le cadre de leurs missions, mais seulement 39 % l’utilisent dans un cadre collectif, structuré par leur service ou leur organisation. Les autres, soit 47 % des répondants, utilisent l’IA hors de tout cadre défini par leur organisation.

Ce shadow IA n’est pas un phénomène marginal ou discret. Il s’explique en grande partie par l’absence de stratégie proactive (37 % des organisations ne s’en sont pas encore saisies) et par la complexité de mise en place du cadre interne (citée par 75 % des répondants). Ce phénomène varie selon les niveaux hiérarchiques. Les opérationnels sont les plus nombreux à déclarer un usage individuel hors cadre. Les directeurs, eux, utilisent davantage des outils partagés au niveau de l’organisation. Les cadres intermédiaires se distinguent par un taux de non-utilisation plus élevé.

 

Les usages de l’IA par les professionnels des associations et fondations

L’enquête s’est penchée sur les missions pour lesquelles des outils IA sont utilisés. La hiérarchie des usages est sans ambiguïté : les usages rédactionnels dominent nettement (88 %), suivis par la veille et la recherche d’informations (69 %). Les usages plus avancés sont nettement moins fréquents comme le pilotage des résultats qui ne concerne que 21 % des utilisateurs. Et surtout, seuls 15% des répondants utilisent l’IA pour leur stratégie de collecte !

 

ChatGPT en position dominante

Sur les outils utilisés, ChatGPT est cité par près de 2 répondants sur 3, ce qui en fait de très loin l’outil le plus répandu. Microsoft Copilot arrive en deuxième position (environ 2 répondants sur 5). Une grande variété d’autres outils est également mentionnée, avec des combinaisons très hétérogènes selon les répondants, il n’existe pas de « stack IA » standardisé dans le secteur.

Les dynamiques varient selon la taille des organisations. ChatGPT est significativement moins cité dans les grandes structures, au profit de Microsoft Copilot, ce qui s’explique par l’intégration native de Copilot dans les suites Microsoft, largement répandues dans les grandes organisations. À l’inverse, dans les structures de moins de 20 salariés, ChatGPT est dominant, et Google Gemini est relativement bien représenté, probablement en raison des offres Google Nonprofits accessibles aux petites structures.

Un résultat particulièrement significatif concerne le lien entre les outils et le shadow IA : l’usage de ChatGPT est plus important chez les personnes déclarant une utilisation hors cadre organisationnel. À l’inverse, les outils intégrés dans des suites existantes (Microsoft, Google, Canva, DeepL) sont associés à un shadow IA moindre. Ce résultat invite à penser qu’une bonne façon de réduire le shadow IA pourrait être non pas axée sur la restriction, mais l’intégration : offrir des outils IA dans les environnements de travail existants favorise un usage encadré. Un point également notable : l’utilisation de ChatGPT est significativement plus faible dans les structures ayant adopté une charte éthique.

 

IA et collecte, une pratique encore largement inexplorée

L’un des enseignements les plus importants concerne l’usage de l’IA dans les canaux de collecte. Plus des deux tiers des répondants n’utilisent pas l’IA sur leurs canaux de collecte ou ne savent pas si leur organisation le fait. Un résultat surprenant pour un secteur dont la mission repose sur sa capacité à mobiliser des donateurs.

Parmi ceux qui l’utilisent, l’emailing arrive en tête (25 % des répondants), suivi par les réseaux sociaux (21 %) et le mailing papier dans une moindre mesure (16 %). Le search (référencement naturel et publicité en ligne) n’est cité que par 7 % des répondants pour les pratiques actuelles.

Pourtant, quand on interroge ces mêmes répondants sur les canaux où l’IA aurait le plus de valeur ajoutée à l’avenir, le tableau change radicalement. L’emailing reste en tête des projections, mais le search monte en deuxième position (39 %), à égalité avec les réseaux sociaux. L’écart entre la pratique actuelle (7 %) et la projection (39 %) sur le search est le plus marqué de tous les canaux. Cela peut traduire une prise de conscience croissante des opportunités offertes par l’IA dans le domaine du référencement et de la visibilité en ligne, notamment dans un contexte de montée en puissance des moteurs de recherche génératifs.

Ce que cette étude semble révéler du secteur

Le premier volet de l’étude 2026 sur l’usage de l’IA au sein des OSBL, par France générosités, met en évidence plusieurs tensions.

La tension entre adoption individuelle et encadrement collectif est la plus visible. Les professionnels utilisent l’IA, souvent de manière intensive et régulière, mais dans un environnement organisationnel largement non préparé. Le shadow IA est le symptôme de cette désynchronisation entre les pratiques et les cadres.

La tension entre perception et réalité traverse l’ensemble des résultats. Les dirigeants voient leur organisation plus avancée que ne le vivent leurs équipes. Les non-utilisateurs imaginent des usages différents de ceux que pratiquent réellement les utilisateurs. Ces biais de perception freinent l’acculturation et la mise en place de stratégies adaptées.

La tension entre potentiel et réalisation est la plus prometteuse. Les répondants projettent une réelle valeur ajoutée de l’IA dans des domaines encore peu investis : la collecte, le search, le pilotage. Le potentiel perçu est important. Mais le passage de la projection à la pratique demande un accompagnement structuré, des ressources identifiées, et une gouvernance adaptée.

 

Infographie - Etude IA OSBL (volet 1) - France générosités 2026 - x 6012 max (BD)

Téléchargez l’étude complète

L’étude complète donne accès à l’ensemble des analyses des questions, mais également à des croisements par taille d’organisation, par niveau hiérarchique, par type de structure, autant de clés de lecture intéressantes pour vous situer individuellement, identifier où votre organisation se trouve, et comprendre ce que font concrètement les structures qui vous ressemblent.

Le volet 2 arrive en octobre 2026 !

Ce premier volet de l’étude dresse un état des lieux de l’adoption et des pratiques. Il sera prolongé et approfondi par le volet 2, dont la restitution est prévue pour début octobre 2026.

Ce second volet abordera les dimensions qui conditionnent la durabilité et la responsabilité de l’usage de l’IA dans les OSBL :

  • le contrôle des résultats produits par les outils,
  • les pratiques éthiques,
  • la transparence vis-à-vis des parties prenantes,
  • et les conditions d’un usage réellement responsable de ces technologies dans le contexte spécifique des organisations d’intérêt général.

Ces deux volets réunis formeront une première base documentaire sur laquelle le secteur associatif et fondatif pourra s’appuyer pour construire une stratégie IA adaptée à ses valeurs et à ses missions.

Notre dossier thématique dédié à l’IA

Ce dossier thématique rassemble de précieuses informations et ressources pour vous accompagner dans vos pratiques de l’IA.