Omnicanalité des paiements du don – 3 défis décryptés par 4 experts
Omnicanalité des paiements du don – 3 défis décryptés par 4 experts
Publié le 15 septembre 2026
Recul du chèque et des espèces, empilement des prestataires digitaux, collecte de terrain avec des bénévoles : 4 experts (La Banque Postale, Ligue contre le Cancer, Secours Catholique et Ediis Aid) ont exposé ce que cette transition change dans les services donateurs et quelles solutions pour l’orchestration des paiements en omnicanalité.
Le 15 septembre 2026, la grande matinée « Le paiement dans la collecte de dons en ligne » de France générosités réunissait 150 participants et 16 experts du paiement et des plateformes de collecte, avec la présentation de la nouvelle étude 2026 de France générosités sur les modes de paiement du don en ligne et de nombreux décryptages inédits sur les problématiques inhérentes : souveraineté et confiance, taux d’acceptation, orchestration et omnicanalité, risques de change et multi-devises…
Durant cette matinée de France générosités, une table ronde était consacré à l’omnicanalité des paiements. Recul du chèque et des espèces, empilement des prestataires digitaux, collecte de terrain avec des bénévoles : 4 experts ont exposé ce que cette transition change dans les services donateurs et les comptabilités :
- Edouard Corbel, responsable stratégie marketing et data CRM, Ligue contre le cancer
- Samantha Millar Hoppe, responsable de la générosité grand public, Secours Catholique
- Guillaume Pastor, chef de projet multi-encaissement, La Banque Postale
- Carine Vincent, directrice, Ediis Aid
Animée par Corentin Hue, responsable digital et développement de France générosités, la table ronde partait d’un constat d’organisation plus que de technique : la coexistence de canaux d’encaissement très différents oblige à repenser la chaîne complète, du geste du donateur jusqu’au reçu fiscal. Guillaume Pastor (La Banque Postale) a ouvert les échanges en rappelant ce qu’est un orchestrateur de paiement, à savoir une couche logicielle intercalée entre l’outil comptable et la ou les banques, destinée à ramener sur un dénominateur commun l’ensemble de l’information liée aux encaissements. Edouard Corbel (Ligue contre le cancer), Samantha Millar Hoppe (Secours Catholique) et Carine Vincent (Ediis Aid) ont ensuite confronté leurs réalités opérationnelles sur trois sujets.
Recul du chèque et des espèces : une transition vécue très différemment
Le mouvement de fond ne fait pas débat. Guillaume Pastor rappelle que les volumes de chèques ont reculé de 90 % en vingt-cinq ans, au profit des paiements par carte, en ligne et via smartphone. Ediis Aid observe la même bascule dans les données de ses clients, avec de l’ordre de 13 % de baisse sur les plis et 11 % sur les chèques en 2025, ainsi qu’un remplacement progressif des espèces par les bornes de paiement. Carine Vincent remonte un signal important, vérifié sur plusieurs clients : une bascule des donateurs IFI du chèque vers le virement instantané, y compris en dehors de la période de déclaration.
Là où les lectures divergent, c’est sur la façon dont les publics vivent cette transition. Samantha Millar Hoppe exprime une inquiétude marquée sur la disparition annoncée du chèque, dans un contexte où le Trésor public a cessé d’en recevoir et où la Banque de France en maintient l’usage au moins jusqu’en 2030. La responsable de la générosité grand public du Secours Catholique observe par ailleurs une défiance vis-à-vis du digital qui remonte en ce moment, ce qui complique d’autant la bascule, et documente des répartitions de moyens de paiement très contrastées selon l’âge et le profil des donateurs.
Le diagnostic de la Ligue contre le cancer est sensiblement différent. Edouard Corbel ne constate pas cette défiance et relève plutôt une orientation naturelle vers le don digital. Il insiste néanmoins sur le poids persistant du papier dans le modèle de collecte : selon les chiffres qu’il présente, 63 % des dons proviennent des campagnes de marketing direct, avec des dons majoritairement effectués par chèque. À l’inverse, les espèces occupent une place limitée : « à la Ligue contre le cancer, nous n’avons que 5 % de nos dons qui sont faits en espèces ». Sa conclusion tient en une phrase : « le donateur doit pouvoir avoir le choix de donner selon le moyen de paiement de son choix ». Le travail principal consiste donc moins à orienter les donateurs qu’à s’adapter à leurs nouvelles habitudes, en conservant des solutions de repli au niveau local et lors des événements.
Guillaume Pastor met en garde contre les conclusions trop rapides. Si le don suit clairement le mouvement général, avec 36 % des dons ponctuels réalisés en ligne en 2025 et une progression continue, écarter le chèque serait une erreur de stratégie : « la meilleure stratégie reste de proposer tous les moyens de paiement pour maximiser les encaissements ». Chaque donateur arrive avec ses habitudes, ses craintes, ses idées reçues et son aisance propre face aux solutions de paiement. « Plus vous proposez de choix dans le moyen de paiement, plus les parcours sont fluides et plus vous aurez de chances d’avoir un don finalisé. » L’enjeu se joue à cet endroit précis : convertir une intention de don en paiement effectif.
Orchestration digitale : la complexité s’est déplacée vers le back office
La multiplication des moyens de paiement digitaux crée une complexité opérationnelle interne que les organisations n’avaient pas anticipée à cette échelle.
Le témoignage du Secours Catholique place le service donateurs au centre du dispositif. Samantha Millar Hoppe décrit son rôle décisif dans la clôture des lots, pour les chèques comme pour les virements, et dans le lien avec la comptabilité, avec un équilibre à trouver en permanence entre front office et back office. L’arrivée des nouveaux moyens de paiement a nettement alourdi la charge de l’équipe relation donateurs, au point que la gestion en interne devient difficile sans appui externe.
Constat convergent du côté de la Ligue contre le cancer, avec une inversion des idées reçues assumée par Edouard Corbel : les dons digitaux posent aujourd’hui davantage de problèmes que la collecte offline. L’explication est organisationnelle. L’enregistrement d’un chèque se fait directement au niveau des comités, qui en gèrent la réception et la saisie, tandis qu’un don digital impose un traitement national puis une répartition. Les nouveaux outils de collecte déployés sur le terrain ajoutent une couche supplémentaire. La ligne de conduite consiste à fluidifier au maximum l’expérience du donateur, tout en préservant des traitements simples pour les équipes de terrain et pour la gestion administrative des dons.
Carine Vincent apporte le regard du prestataire sur cette sédimentation. La multiplication des moyens de paiement, des prestataires et des PSP rend la vision d’ensemble de plus en plus difficile à maintenir : chaque acteur couvre un périmètre restreint et empiète parfois sur celui d’un autre. S’y ajoutent les problématiques d’interfaçage entre solutions et des évolutions techniques parfois difficiles à suivre pour les associations. La directrice d’Ediis Aid en tire un avertissement utile pour les organisations : il s’agit d’un vrai métier technique, qui ne s’improvise pas en interne.
C’est précisément la promesse d’un orchestrateur, tel que le décrit Guillaume Pastor. Chaque PSP, chaque banque, chaque moyen de paiement apporte son lot de spécificités, de canaux d’échange et de niveaux d’information dans le reporting, ce qui complexifie le suivi des encaissements et le rapprochement comptable. Centraliser les flux sur une plateforme unique permet de tracer les encaissements de bout en bout quel que soit le canal, d’agréger les flux de plusieurs banques et de fiabiliser l’émission du reçu fiscal. Avec une mise en garde immédiate : un projet d’orchestration se prépare. Diagnostic des parcours de paiement, recensement des cas d’usage des donateurs, état des lieux des canaux existants et implication des équipes financières, comptables et marketing dès le départ constituent les préalables. À défaut, l’outil ne fera que déplacer la complexité.
Délégations et bénévoles : la maille locale comme point de tension
Le Secours Catholique souhaite équiper ses délégations en terminaux de paiement, mais Samantha Millar Hoppe décrit une gestion compliquée avec des bénévoles, encore accentuée par les applications sur téléphone. Les problématiques sont identifiées, sans réponse consolidée à ce stade, d’autant que la chaîne de réception du paiement est déjà longue et complexe en amont de la question bénévole.
La Ligue contre le cancer partage le même besoin, rendu urgent par la raréfaction des espèces lors des actions de terrain et des événements. Edouard Corbel évoque des tests menés par le passé avec des terminaux volumineux et lourds à gérer, mais estime que la situation évolue favorablement : la multiplication des essais et l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché simplifient nettement ces possibilités. Son message aux organisations est un appel à l’ouverture face à ces nouvelles pratiques, plutôt qu’un renoncement au motif de mauvaises expériences antérieures.
Carine Vincent complète en pointant l’angle mort le plus fréquent : la remontée des données depuis ces terminaux vers le CRM et les bases de données. D’où la nécessité d’intégrer le prestataire dans la boucle dès la conception des projets, et non au moment du déploiement. Elle plaide enfin pour une forme de pragmatisme, en rappelant que selon le contexte de terrain, revenir à des solutions simples et éprouvées vaut parfois mieux que d’ajouter un niveau de complexité supplémentaire.
Quatre points clés pour structurer sa chaîne d’encaissement
En conclusion, Guillaume Pastor a proposé quatre repères à maîtriser dans ce contexte.
- Maximiser l’encaissement. Proposer le plus grand nombre de moyens de paiement possible, sur les canaux physiques comme digitaux, avec des parcours simples, et disposer d’un reporting unique lettrant l’intégralité des opérations.
- Transformer les rejets en opportunités. Prélèvement échoué, échec de paiement par carte : chaque rejet peut être exploité pour récupérer un don perdu en cours de route, à condition d’en identifier la cause, puis de choisir le bon moyen de paiement, le bon moment et le bon canal de relance.
- Enrichir le CRM des comportements de paiement. Les habitudes de paiement constituent une donnée de segmentation à part entière, encore largement sous-exploitée par les organisations.
- Développer la récurrence et sécuriser les flux. Parcours de signature de mandat en selfcare, détection des donateurs susceptibles de basculer du don ponctuel vers le don récurrent, et simplification de la gestion des reçus fiscaux grâce à une identification fiable du donateur après paiement.
Un même enjeu derrière trois défis
Les trois sujets abordés ne constituent pas des chantiers séparés, mais les facettes d’un même enjeu : accompagner les donateurs et les équipes de terrain dans une transition qui avance plus vite que les organisations elles-mêmes. Une conviction partagée par les quatre intervenants : diagnostic préalable, accompagnement humain et ouverture aux nouvelles solutions restent les meilleurs repères pour avancer.
Replay :
Le 15 septembre 2026, la grande matinée « Le paiement dans la collecte de dons en ligne » de France générosités réunissait 150 participants et 16 experts du paiement et des plateformes de collecte, avec la présentation de la nouvelle étude 2026 de France générosités sur les modes de paiement du don en ligne et de nombreux décryptages inédits sur les problématiques inhérentes : souveraineté et confiance, taux d’acceptation, orchestration et omnicanalité, risques de change et multi-devises…
Durant cette matinée de France générosités, 4 experts (La Banque Postale, Ligue contre le Cancer, Secours Catholique et Ediis Aid) ont exposé les problématiques et solutions liées à l’orchestration des moyens de paiements au sein des OSBL, surtout vu l’évolution des usages des Français.
L’étude et la matinée 2026 sur les Modes de paiement du don en ligne de France générosités ont été réalisées avec le soutien de La Banque Postale et de StoneX.


Pour aller plus loin
Carte bancaire en recul de 11 points, virement instantané qui dépasse PayPal, IBAN à 1 170 euros de don moyen… Quels modes de paiement proposer sur vos formulaires de don, et à quels profils de donateurs s’adressent-ils vraiment ? découvrez les 10 enseignements de l’étude 2026 sur les modes de paiement du don en ligne, réalisée à partir d’un panel de 3,2 milliards d’euros de dons ponctuels collectés entre 2019 et 2025. Etude réalisée avec le soutien de La Banque Postale et StoneX.
Modes de paiement
DSP2, wallets, Open banking, Wero : les moyens de paiement du don en ligne se transforment en profondeur, et la dynamique n’est qu’à ses débuts. Levier central pour capter et fidéliser les donateurs, ils font l’objet de ce dossier thématique : solutions innovantes, critères de choix, enjeux réglementaires, taux de conversion et insights d’OSBL.