Du don au terrain : quelle valeur parvient réellement aux bénéficiaires ?
Du don au terrain : quelle valeur parvient réellement aux bénéficiaires ?
Publié le 15 septembre 2026
Éclairage d’experts présenté lors de la grande Matinée paiement de France générosités, le 15 septembre 2026, avec Pedro Bortolan Goes (FX Sales France/Belgique/Luxembourg, StoneX Payments), Samia Ferradj (FX Sales Europe, StoneX Payments) et Gwennaëlle Hammani (chargée de trésorerie et relation banque, Solidarités International).
Entre le moment où un donateur valide son don et celui où les fonds financent une action sur le terrain, une chaîne financière entière s’interpose. Cette séquence, largement invisible pour le donateur comme pour une partie des équipes de collecte, a un coût. Elle appelle une question rarement posée en ces termes : quelle part de chaque don parvient réellement aux bénéficiaires, à quel coût, dans quels délais et avec quel niveau de certitude ?
Une chaîne financière qui érode la valeur du don
Un don international ne circule pas en ligne droite. Il transite par plusieurs intermédiaires avant d’atteindre sa destination et, à chaque étape, sa valeur peut diminuer sous l’effet du change, des frais et des délais. Les paiements internationaux sont en effet soumis à une série de contraintes cumulatives :
- le recours à des banques correspondantes, qui allonge les circuits ;
- les marges de change appliquées lors des conversions ;
- les frais prélevés par les intermédiaires successifs ;
- les réglementations AML/KYC (lutte contre le blanchiment et connaissance du client) ;
- les conversions imposées, sans que l’organisation en choisisse le moment ni le taux.
À cela s’ajoute le phénomène de de-risking : par prudence réglementaire, certains acteurs bancaires restreignent leur exposition à des pays ou à des corridors de paiement jugés sensibles. Résultat, l’accès à ces zones devient plus difficile, plus coûteux et plus lent, alors qu’il s’agit souvent des géographies où les besoins humanitaires sont les plus aigus.
Les fluctuations de change constituent un autre facteur de fragilité. Elles peuvent réduire la capacité d’action réelle d’une ONG sans que le montant collecté, lui, ait bougé d’un euro.
Des conséquences concrètes, pour tous les acteurs de la chaîne
Ces frictions ne sont pas seulement techniques. Elles produisent des effets mesurables à chaque niveau :
- pour les donateurs : une difficulté à mesurer la valeur réellement arrivée à destination ;
- pour les organisations : une pression sur les budgets et une charge administrative accrue ;
- pour les projets : moins de visibilité sur les montants disponibles et sur les délais ;
- pour les bénéficiaires : des achats reportés, des programmes retardés ou des ressources réduites.
D’où un déplacement du cadre de suivi proposé par les intervenants : les organisations gagnent à mesurer non seulement les montants collectés, mais aussi les sommes réellement disponibles sur le terrain, dans la bonne devise, au bon coût et dans les délais prévus.
Une gestion plus flexible des dons multidevises
Premier levier évoqué : le moment de la conversion. Les dons ne doivent pas nécessairement être convertis dès leur collecte, avant d’être transférés. L’organisation peut conserver la main sur la devise retenue et sur le moment de la conversion, en fonction de ses besoins opérationnels et de sa propre lecture du risque de change.
Ce principe ouvre la voie à une gestion active de la trésorerie multidevises, là où la conversion automatique en euros puis la reconversion en devise locale génèrent une double perte de valeur.
Préserver la valeur des financements : trois leviers
StoneX Payments présente son intervention autour de trois axes complémentaires :
- La transparence sur les taux appliqués, les frais prélevés et le montant effectivement livré au bénéficiaire final.
- L’optimisation des circuits de paiement en réduisant le nombre d’intermédiaires entre l’organisation et le terrain.
- Le paiement direct en devise locale, qui évite les conversions imposées en bout de chaîne et les taux subis.
La démonstration s’appuie sur une comparaison de deux schémas de transfert entre la France et l’Éthiopie. Dans le premier, les fonds circulent en euros à travers plusieurs banques successives, la conversion en birr éthiopien (ETB) n’intervenant qu’à la toute fin, à un taux inconnu de l’organisation émettrice. Dans le second, la conversion est opérée en amont, dans des conditions connues, et c’est un montant en devise locale qui est transféré vers le compte de destination.

Cette capacité repose sur une couverture large des devises locales, sur l’Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, l’Asie, les Amériques, l’Europe et l’Océanie, y compris pour des zones où les circuits bancaires classiques sont contraints.
Le témoignage de Solidarités International
L’expérience opérationnelle de Solidarités International illustre la diversité des obstacles rencontrés selon les pays d’intervention :
- la Syrie, où la connaissance des spécificités des métiers humanitaires et des exigences de compliance conditionne la faisabilité des transferts ;
- le Burkina Faso, où la maîtrise des réglementations locales s’est révélée indispensable ;
- le Nigéria, où la question centrale du taux de change s’est posée pour éviter de grosses pertes de change ;
- la Turquie, où les frais bancaires se sont avérés particulièrement élevés chez les banques intermédiaires ;
- le Pakistan, où le suivi des virements a été essentiel pour que les fonds arrivent à bon port.
Autrement dit, il n’existe pas de difficulté unique mais un ensemble de points de friction propres à chaque corridor, qui supposent une connaissance fine des contextes locaux.
Cliente de StoneX depuis 2005, l’organisation met en avant plusieurs apports concrets de cette collaboration : la possibilité d’obtenir un taux indicatif avant exécution (Request Indicative Rate), l’absence de frais bancaires, une plateforme simple d’utilisation donnant accès à l’historique des transactions, et un service client compétent. Sur le volet expertise, Solidarités International souligne la connaissance des spécificités des métiers humanitaires, la possibilité d’échanger avec la compliance, la maîtrise des réglementations applicables et la sécurité des chemins bancaires empruntés.
Replay :
Le 15 septembre 2026, la grande matinée « Le paiement dans la collecte de dons en ligne » de France générosités réunissait 150 participants et 16 experts du paiement et des plateformes de collecte, avec la présentation de la nouvelle étude 2026 de France générosités sur les modes de paiement du don en ligne et de nombreux décryptages inédits sur les problématiques inhérentes : souveraineté et confiance, taux d’acceptation, orchestration et omnicanalité, risques de change et multi-devises…
Durant cette matinée de France générosités, StoneX et Solidarités International ont pu présenter les problématiques rencontrées par les OSBL sur les risques de change, la gestion multi-devise et les transferts internationaux de fonds, ainsi que les solutions existantes pour y répondre.
L’étude et la matinée 2026 sur les Modes de paiement du don en ligne de France générosités ont été réalisées avec le soutien de La Banque Postale et de StoneX.


Pour aller plus loin
Carte bancaire en recul de 11 points, virement instantané qui dépasse PayPal, IBAN à 1 170 euros de don moyen… Quels modes de paiement proposer sur vos formulaires de don, et à quels profils de donateurs s’adressent-ils vraiment ? découvrez les 10 enseignements de l’étude 2026 sur les modes de paiement du don en ligne, réalisée à partir d’un panel de 3,2 milliards d’euros de dons ponctuels collectés entre 2019 et 2025. Etude réalisée avec le soutien de La Banque Postale et StoneX.
Modes de paiement
DSP2, wallets, Open banking, Wero : les moyens de paiement du don en ligne se transforment en profondeur, et la dynamique n’est qu’à ses débuts. Levier central pour capter et fidéliser les donateurs, ils font l’objet de ce dossier thématique : solutions innovantes, critères de choix, enjeux réglementaires, taux de conversion et insights d’OSBL.