Panorama de la philanthropie – Banque transatlantique / Cerphi – 2025
Panorama de la philanthropie – Banque transatlantique / Cerphi – 2025
Publié le 25 janvier 2026 - Mis à jour le 31 mars 2026
La France et les Etats-Unis ont une culture, une pratique et une histoire de la philanthropie très différentes. Publiée en septembre 2025, la première édition du Panorama de la philanthropie de la Banque transatlantique et du Cerphi se penche sur les données des deux côtés de l’Atlantique pour objectiver et analyser des écarts importants, mais aussi des points de convergence.
Ce Panorama se fonde sur l’étude d’un tableau de bord rassemblant les principaux indicateurs disponibles pour la France et les Etats-Unis, en retenant les chiffres les plus récents disponibles. Il complète ses analyses par une série d’entretiens avec un panel d’experts.
Dans cette production, le mot « philanthropie » désigne toutes les formes de générosité et de ressources collectées, dans une vision élargie de l’engagement privé au service de l’intérêt général.
Des écarts importants relevés entre la France et les Etats-Unis
Les chiffres présentés dans ce panorama illustrent des écarts très nets entre France et les Etats-Unis. En effet, le montant total du financement privé de l’intérêt général est estimé à 9,225 milliards d’euros en France, contre 557,16 milliards de dollars aux Etats-Unis, soit une différence de 1 à 60 ! Le même constat s’applique sur le poids des financements privés dans le PIB (0,3% en France, 2,01% aux Etats-Unis), ou à la part des foyers fiscaux donateurs (14% en France, 54% aux Etats-Unis).
L’étude relève également des spécificités françaises. Cela concerne en particulier le rapport au mécénat, qui représente 42% des dons en France et seulement 6% aux Etats-Unis. La générosité y serait considérée comme relevant davantage de la responsabilité des individus.
Des traditions et des cultures du don différentes
L’étude explique ces écarts entre les deux pays notamment par des différences culturelles. Là où les français considèrent généralement que les organisations bénéficiaires de leurs dons s’inscrivent en complémentarité de l’action de l’Etat, la culture du « give back » est davantage ancrée aux Etats-Unis. Cela constituerait une explication de la moindre propension au don financier en France, plus ancrée dans une culture de la redistribution par l’impôt.
Les auteurs relèvent aussi un développement de la philanthropie plus récent en France qu’aux Etats-Unis. Si les comportements et la culture du don existent de très longue date, l’émergence d’une philanthropie structurée est plus récente dans le contexte français. Cela tendrait à souligner un potentiel de développement important de la philanthropie en France, dans un contexte de professionnalisation déjà engagée du secteur. La croissance rapide du nombre de fondations en France (+4,81% en 2023), comparée à une relative stabilité outre-Atlantique s’expliquerait par des niveaux de maturité différents du secteur.
La comparaison des régimes fiscaux du don entre les deux pays soulève d’ailleurs un paradoxe : là où le système américain fonde la déductibilité du don sur l’assiette fiscale, le système français les calcule sur la base du montant de l’impôt payé. Le système français est donc nettement plus égalitaire et incitatif pour les donateurs, et pourtant ils restent nettement moins nombreux qu’outre Atlantique.
Des particularités françaises sur les legs et l’engagement des donateurs
La France compterait une association pour 46 habitants, là où les États-Unis n’en compteraient qu’une pour 226 habitants. En termes de pratiques, les legs occupent une place plus importante en France (13,8% des dons, contre 7,7% aux Etats-Unis).
Plus précisément, les plus fortunés seraient plus nombreux en France à pratiquer le bénévolat qu’aux Etats-Unis : 55% des foyers à hauts revenus (plus de 120 000€ annuels) sont engagés dans des activités bénévoles, contre 36,8% des « high net worth individuals » (plus de 200 000$ de revenus annuels ou plus d’1 million de dollars de patrimoine en investissements) aux Etats-Unis. En France, donner signifierait donc aussi davantage s’impliquer qu’outre Atlantique.
La forte visibilité publique de la philanthropie américaine semble en outre se révéler à double tranchant : les dons des « ultra-riches » sont de plus en plus scrutés et critiqués, mettant en doute la sincérité des causes défendues.
Des enjeux communs
France et Etats-Unis partagent cependant des enjeux communs. Les contextes marqués par la montée des inégalités et les déséquilibres sociaux et environnementaux font émerger de nouvelles pratiques et de nouvelles questions. La mobilisation des grandes fortunes semble très scrutée et peut soulever des interrogations sur un potentiel mouvement de privatisation de l’intérêt général. Dans un contexte de compression des finances publiques, la place et le rôle des financements privés est également un sujet de tensions.
Dans ce contexte, les organisations font face à la nécessité de trouver de nouveaux donateurs, notamment plus jeunes, et à de nouvelles attentes. L’étude relève que l’attention à l’impact du don se fait de plus en plus prégnante des deux côtés de l’Atlantique.