Associations et Fondations : agir en système face a la crise
Associations et Fondations : agir en système face a la crise
Publié le 17 juin 2026
L’Initiative Racines a organisé un webinaire le 16 juin 2026 pour explorer comment associations et fondations peuvent renforcer leurs liens et agir ensemble. Cet article rend compte des principaux échanges et donne accès au replay de cet événement.
Le monde associatif traverse une période de turbulences inédites : tensions sur les financements et fragilisation économique, restriction des capacités d’action, épuisement des équipes, incertitudes durables. Face à cette réalité, associations et fondations doivent renforcer leurs liens pour agir ensemble, en système.
L’Initiative Racines a organisé à un temps d’échange pour mieux comprendre le contexte, explorer les interdépendances entre associations et fondations et mettre en lumière les initiatives en cours.
Intervenants
- Axelle Davezac, Directrice Générale de la Fondation de France
- Laurence Lepetit, Directrice Générale de France générosités
- Christophe Salmon, Délégué Général de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale
- Olivier Andrique, Directeur de Cap Berriat
Un secteur associatif sous pression
Le webinaire a dressé un état des lieux préoccupant du monde associatif français. Sur le plan économique, 30 % des associations employeuses disposent de moins de trois mois de trésorerie, et près de 90 000 emplois étaient menacés fin 2025. Au-delà des chiffres, c’est la capacité même d’agir qui est en jeu : classée parmi les pays à l’espace civique « obstrué » par le Civicus Monitor, la France voit se multiplier les attaques parlementaires contre les associations militantes, les injonctions à la neutralité et les projets de loi renforçant les contrôles.
Olivier Andrique, Directeur de Cap Berriat à Grenoble, a illustré concrètement cette réalité : concurrence accrue pour les financements, départs de salariés non remplacés, et surtout un phénomène d’autocensure inquiétant : des dirigeants refusant de témoigner publiquement par peur de compromettre leurs subventions en cours de négociation.
Fondations et associations : l’urgence d’agir en système
Face à cette crise, les intervenants ont insisté sur une conviction commune : associations et fondations sont profondément interdépendantes et doivent renforcer leurs liens plutôt que d’entretenir une logique de guichet ou de concurrence.
Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France, a insisté sur la nécessité de préserver la diversité du tissu associatif : des grandes fédérations nationales qui portent la voix du secteur jusqu’aux petites associations de quartier qui font vivre le lien social au quotidien, souvent sans visibilité. Elle a présenté trois types de réponses à développer : des prêts de trésorerie d’urgence, un accompagnement des associations en transformation profonde de leur modèle, et un accompagnement des associations qui ferment pour que leur expérience et leurs savoir-faire ne se perdent pas.
Christophe Salmon, Délégué Général de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale, a quant à lui mis en avant la notion d’« optimisme actif » c’est-à-dire engager les collaborateurs, créer une communauté entre associations soutenues, et convaincre d’autres entreprises de flécher une part de leurs résultats vers l’intérêt général.
Des pistes concrètes pour transformer les pratiques
Les échanges ont fait émerger plusieurs leviers d’action prioritaires. Sur le plan structurel, il s’agit de financer les têtes de réseau et les dispositifs mutualisés qui permettent de toucher les petites structures hors des radars des grandes fondations, de renforcer les fonds propres des associations, et de privilégier des engagements pluriannuels couvrant à la fois investissement et fonctionnement.
Sur le plan des postures, il faut encourager la complémentarité plutôt que la concurrence entre acteurs philanthropiques, accepter le droit à l’erreur dans les coopérations, et résister à la tentation de n’accompagner que le changement d’échelle au détriment des modèles locaux et artisanaux.
Enfin, la campagne La France qui (se) bat, lancée le 4 juin 2026 à l’occasion des 125 ans de la loi de 1901, a été présentée comme un levier de mobilisation citoyenne pour peser dans les débats législatifs et présidentiels à venir .1,5 million d’associations, c’est 2,5 fois plus que dans n’importe quel autre pays européen et ce tissu vivant est au cœur de la cohésion sociale française.