Réglementation TTPA : restriction d’expression et pertes financières pour les ONG

Réglementation TTPA : restriction d’expression et pertes financières pour les ONG

Publié le 22 avril 2026 - Mis à jour le 11 mai 2026
Actualité Plaidoyer

La réglementation TTPA et les règles restrictives de Meta sur la publicité en ligne pénalisent lourdement les ONG : liberté d’expression réduite, mobilisation freinée et dons en baisse. Une enquête européenne auprès de 177 organisations en mesure l’ampleur.

signe meta dans les étoiles de l'union européenne

Depuis l’entrée en vigueur de la réglementation TTPA et l’adoption par META de règles extrêmement restrictives sur les publicités en ligne (en savoir plus), de nombreuses organisations de la société civile alertent sur ses effets concrets délétères sur leurs activités. Cette position de META touche à la fois leur capacité à communiquer, mobiliser et financer leurs actions. Une enquête (téléchargeable ici) menée par la European Fundraising Association auprès de 177 organisations issues de 15 pays dont la France, permet d’en mesurer les effets.

Une liberté d’action et d’expression fragilisée

Plus de la moitié des organisations interrogées (56 %) indiquent que la réglementation a directement affecté leur publicité en ligne. Parmi elles :

  • 87 % déclarent que cela a affecté leur capacité à exercer pleinement leur liberté d’expression et d’action en tant qu’ONG ;
  • 75 % affirment que cela a limité leur capacité à élargir leur communauté de soutiens ;
  • 59 % signalent un impact sur leur capacité à collecter des fonds.

Des pertes financières déjà visibles

Au-delà de la communication, les conséquences économiques sont tangibles et extrêmement préoccupantes pour les associations. Près d’une organisation sur deux (47,5 %) déclare une baisse des revenus issus des dons en ligne depuis l’application du TTPA. Parmi elles, 18 % évoquent même une forte diminution.

Une mobilisation citoyenne freinée

Au-delà des aspects financiers, la réglementation affecte également les leviers fondamentaux de mobilisation :

  • 78 % des organisations indiquent que leurs activités de sensibilisation ont été affectées par les décisions des plateformes ;
  • 46 % observent un impact sur la signature de leurs pétitions ;
  • 1 organisation sur 10 déclare des difficultés accrues pour recruter des bénévoles.

Des contenus d’intérêt public rejetés

Certaines plateformes ont rejeté des publicités portant sur un large éventail de sujets d’intérêt public, notamment : l’urgence à Gaza, la réduction d’impôts, l’Ukraine, des pétitions sur le climat, le mot « handicap », les microplastiques, l’exploitation minière des grands fonds marins, le trachome (maladie oculaire), la nutrition infantile, l’éradication des mutilations génitales féminines (MGF), le sans-abrisme, les droits LGBTI+, la protection des récifs coralliens et le cas de l’activiste Maria Ponomarenko.

Exemples de publicités rejetées par META :

Exemple de publicité rejetée par META

Exemple de publicité rejetée par META

A titre d’exemples, les messages suivants ont été bloqués par les plateformes en ligne :

  • « Enfant de 11 mois malade de la rougeole »
  • « Urgence Gaza : reconstruire et soigner »
  • « Rejoignez le club des amis »
  • « Quand les femmes se soulèvent ensemble… »
  • « Unissons-nous pour le Groenland »
  • « Signez pour la recherche sur la maladie de Parkinson »

Ces cas illustrent une modération excessive et arbitraire des contenus diffusés par les ONG.

Une responsabilité largement concentrée sur META

Parmi les organisations ayant signalé des refus de publicités, l’immense majorité pointe les plateformes du groupe Meta :

  • Facebook : 94 % des organisations concernées
  • Instagram : 85 %

Les problèmes signalés sur d’autres plateformes restent marginaux.

Une régulation à réinterroger : le plaidoyer de France générosités

Si l’objectif du TTPA est de protéger le public en renforçant la transparence sur les contenus à caractère politique et luttant contre les ingérences étrangères sur ce type de contenus en ligne et hors ligne, ses effets actuels soulèvent de sérieuses interrogations en raison de l’interprétation qui en est faite par certaines plateformes. En limitant la visibilité de contenus d’intérêt général, cette réglementation risque de fragiliser durablement le tissu associatif européen. Un équilibre reste à trouver entre encadrement des pratiques et préservation de l’espace démocratique d’expression des ONG.

Mardi 10 mars, France générosités, aux côtés de l’European Fundraising Association (EFA), de Philea, de Greenpeace Netherlands et d’UNICEF France, ont échangé à ce sujet avec le cabinet du commissaire européen Michael McGrath,  en charge du dossier, ainsi qu’avec la Direction générale de la Justice de la Commission européenne. La Commission a indiqué suivre attentivement les conséquences de la règlementation et poursuivre les discussions avec les plateformes afin d’ajuster leurs pratiques.

France générosités suit avec attention le sujet et poursuit son plaidoyer en France, auprès des ministères intéressés, et en Europe, auprès de la Commission, afin de faire évoluer les pratiques des plateformes et permettre aux OBSL d’y publier librement leurs appels aux dons, à signature de pétitions et autres contenus dès lors qu’il ne s’agit pas de contenus à caractère politique au sens du TTPA.

Pour télécharger l’étude complète :