Europe : placer la générosité au cœur du projet politique ?

Europe : placer la générosité au cœur du projet politique ?

Publié le 16 décembre 2025 - Mis à jour le 18 décembre 2025
Actualité Plaidoyer

En cette période de défis multiples – montée des populismes, polarisation sociale, crises économiques et migratoires – plusieurs rapports récents éclairent sur les défis rencontrés par les organisations de la société civile (OSC) ainsi que le rôle et la place de la générosité et de la philanthropie pour répondre à ces défis. Ils nous appellent à réinterroger le cadre partenarial entre OSC, Etats et Union européenne pour défendre l’espace civique et préserver la démocratie.

photo du parlement européen depuis l'extérieur

Le rétrécissement de l’espace civique

L’enquête menée par l’EFA (European Fundraising Association) auprès de ses membres dans 19 pays européens[1] dans le cadre du programme #Fundraising4democracy confirme un rétrécissement de l’espace civique dans la majorité des pays principalement due aux actions des gouvernements et à la polarisation politique. Cette tendance n’est pas seulement politique ; elle se traduit par de graves difficultés opérationnelles et financières pour les organisations de la société civile (OSC).

La principale menace réside dans les restrictions réglementaires et financières. Les OSC sont confrontées à des lois restrictives concernant l’utilisation des données, les financements en provenance de l’étranger et l’étiquetage, associées à la réduction ou à la suppression des financements publics. Cet environnement hostile est amplifié par des campagnes politiques visant à dénigrer les OSC, ce qui entraîne une baisse de la confiance du public et une autocensure, ou « effet dissuasif », sur l’ensemble du secteur.

Du point de vue de la collecte de fonds, l’impact le plus constant est la pression accrue sur les équipes chargées de la collecte de fonds et une baisse notable des dons des entreprises et de la confiance du public. Les organisations ont du mal à communiquer sur des questions complexes dans un contexte politique polarisé.

Les implications pour l’Europe dans son ensemble comprennent le risque de réduction des services pour les populations vulnérables, des suppressions d’emplois et la dévalorisation du rôle de défense des OSC.

La collecte de fonds essentielle à la résilience des organisations

Le sondage du Nonprofit Pulse 2025 auprès de 751 organisations de la société civile européenne publié par l’EFA début décembre révèle une Europe où les OSC sont en première ligne face aux crises. Selon l’étude, 75 % des OSC européennes ont dû adapter leur stratégie de financement et de service en 2024, en réponse à une demande sociale accrue et à des ressources en tension.

Pour les membres de l’EFA, la collecte de fonds est indispensable pour renforcer la résilience organisationnelle, maintenir l’indépendance vis-à-vis des fonds publics politisés, couvrir les frais juridiques et mobiliser les citoyens autour des valeurs démocratiques.

Témoignage en Allemagne

« En Allemagne, nous assistons déjà à la mise en place de mesures juridiques et fiscales restrictives à l’encontre des organisations qui prennent position politiquement, parallèlement aux tentatives du gouvernement de revenir en arrière sur certaines questions qui ont suscité un engagement actif de la part des citoyens, telles que le changement climatique ou les droits humains. En réponse à cela, la collecte de fonds joue un rôle essentiel dans la protection de la démocratie. », Martin Georgi, Chair, Deutscher Fundraising Verband.

La philanthropie, un pilier de la stratégie démocratique européenne

De nombreuses organisations qui dépendaient autrefois des fonds publics se tournent désormais vers la philanthropie.  Cependant, les contributions philanthropiques en Europe, qui s’élèvent à environ 76 milliards d’euros par an, ne peuvent remplacer les budgets publics en baisse.

Même si elles le pouvaient, l’espace réservé à la philanthropie elle-même se réduit.  Le Global Philanthropy Environment Index 2025, qui évalue l’environnement de la philanthropie dans 95 pays, souligne que l’Europe se distingue par un cadre relativement favorable à la générosité, notamment grâce à des incitations fiscales et une culture civique ancrée. Cependant, de nouvelles restrictions sur les dons transfrontaliers, une réduction des incitations fiscales et l’émergence de lois sur les « agents étrangers » et la politisation de certains enjeux menacent cette dynamique.

Pour que la générosité joue pleinement son rôle dans la défense de la démocratie, une alliance renforcée entre acteurs associatifs, philanthropiques, États et Union européenne est indispensable. Une position défendue par l’EFA et PHILEA, le réseau philanthropique européen. Celui-ci appelle notamment dans son manifeste à faire de la philanthropie un pilier de la stratégie démocratique européenne et appelle à un marché unique pour la philanthropie en simplifiant notamment les procédures administratives et en sécurisant les flux transfrontaliers de dons.

La Stratégie européenne pour la Société civile récemment publiée par la Commission européenne – à laquelle France générosités a contribué – et le prochain cadre financier pluriannuel 2028-2034 (CFP) sont autant d’opportunités pour réinterroger le cadre partenarial entre OSC, Etats et Union européenne.

La démocratie ne se défend pas seulement par les lois ou les institutions, mais aussi par la capacité des citoyens à s’engager, à donner et à innover ensemble. À l’heure où l’Europe cherche à se réinventer, elle gagnerait à placer la générosité au cœur de son projet politique.

 

[1] Autriche, Belgique, Tchéquie, Danemark, Finlande, France, Allemagne, Irlande, Italie, Lituanie, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Slovaquie, Espagne, Suède, Suisse, Ukraine, Royaume-Uni.

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