Peut-on être réellement et totalement indifférent au malheur des autres pendant toute une vie ?
Cette question est une véritable question philosophique.
Aujourd'hui le malheur fait la « une » de l'ensemble des journaux télévisés : guerre, pauvreté, enfant maltraité, famine, augmentation des cancers, trafic animal,....
La moindre catastrophe est immédiatement sur le net. Mais à part assouvir un voyeurisme très malsain, à quoi sert la multiplicité de ce type d'information tant que l'ensemble des populations épargnées par le malheur ne sont pas plus charitable, ni dans la compassion.
Devant tant d'égoïsme, le non-donateur peut être perçu comme un monstre cynique ne méritant aucune considération. Et pourtant, les dernières études que nous venons de mener, une étude sur Internet (Mediaprism Group) et une étude qualitative (TNS), le montrent plus humain qu'il ne parait.
La première chose très surprenante est que 30 % de la population ose froidement avouer être non-donateur.
Après avoir écouté les arguments que nous connaissons tous sur l'impôt, le « où va réellement l'argent ? » et le manque de transparence des associations, nous sommes arrivés à mieux comprendre le sens du « non-don ».
Tout d'abord les non-donateurs se divisent très clairement en deux populations :
- les « irréductibles » qui ne franchiront la frontière du don que si eux-mêmes ou leur famille étaient frappés par le malheur. Ce que bien évidemment nous ne souhaitons pas.
- les « espoirs » qui sont finalement des donateurs potentiels, avec lesquels nous devons apprendre à communiquer.
De premier abord, les « espoirs » ne sont guère différents, mais ils ne refusent pas le dialogue : 36 % d'entre eux accepteraient que les associations et les fondations viennent les convaincre en tête à tête par exemple.
Au final, nous apprenons que notre mode de communication est définitivement obsolète sur ces populations. Plus nous parlons de professionnalisation, plus ils fuient. Mettre les bénévoles en avant : ils fuient également. Ils reconnaissent le bien fondé des grandes structures - par rapport aux petites structures - mais dans leur imaginaire les grandes structures ne doivent pas avoir de salariés à charge.
Parler de finance, mettre en avant les bilans, les frais de fonctionnement ne sert strictement à rien puisque les non donateurs estiment que même 1% de frais de fonctionnement c'est trop !
Alors OUI, nous pouvons convaincre les « espoirs » mais avec un discours qu'il faudrait renouveler. Après avoir vanté les mérites du professionnalisme, après avoir valorisé le métier de fundraiser, après avoir accepté une porosité entre le monde marchand et non-marchand, nous avons créé une fracture entre les 6 millions de donateurs et les non-donateurs dont une partie se radicalise au fur et à mesure que nos techniques de collecte se perfectionnent.
Nous collectons des fonds pour éviter les fractures de toute sorte. Nous n'avons pas le droit d'en créer une nouvelle. Nous devons rassembler. Nos techniques doivent être mieux comprises. Peut-être avançons-nous trop vite. Notre passion nous emporte. Le R.O.I nous guide comme les banquiers sont guidés par le CAC 40.
L'Etat du Bouthan a mis en place un indicateur du bonheur : le Bonheur National Brut.
Nous devons peut-être travailler nous aussi sur un indicateur, le BDD : le Bonheur Du Donateur.
Franck Hourdeau