« Le don fait-il encore société ? Ou,
du moins, contribue-t-il encore à certains de ses ressorts essentiels ? Est-il
toujours actuel ? En apparence, non. Les sociétés anciennes se sont pensées dans
le langage du don mais nous, modernes, parlons un tout autre idiome, celui de
l’intérêt notamment. Peut-être nous arrive-t-il encore, dans l’intimité et dans
nos relations personnelles, de donner, mais il semble bien illusoire, et surtout
bien naïf, de considérer que le don serait toujours au cœur de nos sociétés
contemporaines et qu’il contribuerait encore à nourrir liens, échanges et
identités sociales. Faut-il alors, comme y invite la sociologie aujourd’hui,
l’abandonner au folklore des anthropologues et aux spéculations des philosophes
?
Conçu comme un manuel de sociologie
anti-utilitariste résolument empirique et appliquée, ce livre vise, au contraire
de ces évidences partagées, à rappeler, à l’épreuve des terrains les plus
variés, que le système du don, le « donner-recevoir-rendre » de M. Mauss, n’est
aujourd’hui ni mort, ni moribond mais bel et bien vivant pour qui sait voir.
Plus encore, il suggère que le don constitue, aujourd’hui comme hier, le système
même des relations sociales en tant qu’elles sont irréductibles aux relations
d’intérêt économique ou de pouvoir, aussi prégnantes soient-elles. La sociologie
a donc tout à gagner à porter sur les phénomènes sociaux un regard neuf, à
chausser d’autres lunettes que celles qui se bornent, un peu paresseusement, à
démasquer, toujours et partout, l’intérêt et le pouvoir. Les lunettes du don.
Vus du don, les champs classiques de la
sociologique prennent un tout autre relief. Qu’il s’agisse du monde du travail
et des organisations, de la sociabilité, familiale, amicale, amoureuse, des
questions de genre et d’identité, de la protection sociale et de la solidarité ;
des associations ou de la philanthropie ; du champ de la médecine et de la santé
ou encore de la religion, de l’art et de la science, chacune des contributions
ici réunies, rédigées par des spécialistes reconnus dans ces différents
domaines, démontre combien le paradigme du don ouvre la voie à une intelligence
inédite des phénomènes sociaux. Invitant le sociologue à porter son regard sur
ce qui circule entre les hommes (et pas uniquement sur ce qu’ils prennent et
accumulent), il donne à voir cette délicate essence du social si chère à Marcel
Mauss. »